mardi 18 août 2015

Zen et Taoïsme


Grandmaitre Wong Kiew Kit, in The complete Book of Zen, 7-66/68, 1998. Traduit de l´anglais par Sifu Maxime Citerne, disciple de Grandmaitre Wong, Institut Anicca.


"Le concept Zen de wu-xin, ou `non-mental´, est similaire au concept taoïste du wu-ji, ou `vide complet´. Le concept Zen du ben-xing, ou `nature originelle´, est similaire au concept taoiste du wu-wei, ou `spontanéité´. Le comportement détaché et insouciant des bouddhistes Zen est similaire au romantisme des taoïstes. Partant de là, des érudits soutiennent que le bouddhisme Zen tire sa source de la philosophie taoïste. Mais une analyse poussée démontrre que cet argument n´est que superficiel.

Des similarités entre le wu-ji taoiste et le wu-xin Zen (qui se réfèrent tous deux à la réalité cosmique transcendantale) surviennent du fait que ce sont deux expressions désignent le Supreme Absolu. Comme nous l´avons expliqué dans le chapitre précédant, le concept de réalité cosmique n´est pas uniquement présent dans le taoïsme ou le bouddhisme, mais également dans toutes les religions majeures du monde.

Les concepts de wu-wei et de ben-xing représentent le principe derrière la pratique de retourner à la réalité ultime. Bien que ce principe soit identique dans les deux cas, la pratique est clairement différente. La pratique Zen caractéristique de l´emploi des gong-an (koan) est absente du taoïsme. D´un autre coté, les bouddhistes Zen ne parlent jamais de l´élixir de vie, et les pratiques sexuelles ritualistiques sont strictement interdites, bien que ces deux pratiques ne soient que des formes dégradées du taoïsme. Même l´approche méditative, la voie majeure pour la réalisation spirituelle à la fois dans le Zen et le taoïsme, est différente: la méditation taoïste fait un usage extensif de la visualisation, la méditation Zen se concentre sur le vide. De surcroit, la similarité du principe entre ben-xing et wu-wei n´est pas exclusive; le meme principe se trouve également dans d´autres systèmes sous des noms différents, comme le zi-ran du confucianisme, ou `le naturel´.

Lorsque nous examinons plus en profondeur le romantisme taoïste et l´attitude détachée, insouciante du Zen, nous nous apercevons que leur similarité n´est que superficielle. À un niveau plus profond, ils sont bien différents. Le romantisme taoïste est le résultat d´un retrait de la société, comme le fait de décliner un poste officiel de haut rang afin de mener une vie solitaire, alors que le détachement insouciant du Zen est le résultat d´une joie et d´un sens à la vie quotidienne retrouvés, en demeurant dans la société sans pourtant etre contaminée par elle.

D´un point de vue dialectique, l´attitude romantique est utilisée en taoïsme pour philosopher et tergiverser, alors que dans le Zen elle est employée ingénieusement comme outil pratique pour aider les élèves à atteindre l´éveil.

De manière encore plus significative, toutes ces caractéristiques Zen, dont les critiques soutiennent qu´elles furent développées à partir du taoïsme, existaient dans le bouddhisme bien avant que le Zen ne se dévelope en Chine. La philosophie du wu-xin ou non-mental est basée sur le concept Mahayana de la réalité cosmique transcendantale. Le principe et la pratique du ben-xing ou nature originelle sont dérivés du concept Mahayana de l´illumination. L´attitude détachée et insouciante doit beaucoup à la doctrine bouddhiste du détachement."

Note de Sifu Maxime:  l´emploi du terme "insouciant" dans l´expression "attitude détachée et insouciante " (orig. carefree) mérite une précision. Il ne s´agit pas là d´être sans intérêt aucun face aux évènements du monde, ni d´agir de manière puérile sans se préoccuper des conséquences de ses actes; il s´agit tout simplement de ne pas réagir avec des émotions négatives et en particulier de vivre sans souci.